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#1 25-01-2013 06:51:47

smolski
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Le langage du pouvoir

Le langage du Pouvoir est un piège redoutable. On ne peut pas penser en ses termes et penser contre lui longtemps. On ne peut même pas penser sa propre condition avec son vocabulaire.

Martin Scriblerus

Je me suis aussi plût à reconsidérer cet extrait en l'appliquant aux OS utilisées. Selon qu'ils soient libres ou pas d'utilisation, il me semble bien que nous pouvons en être conduits à penser et agir d'une manière ou d'une autre jusque dans notre quotidien.
smile

L'intégral du texte :

Les Bonnes Grosses Intentions, les Grandes Causes et les groupuscules, cela va bien quand on a qunze ans, tandis que l'on découvre la pensée politique. Mais au delà de vingt, une telle attitude est à mes yeux le signe d'une irrémédiable inconsistance intellectuelle. Cela n'est pas très grave en soi, si l'on se tient à distance des discussions politiques : mais si l'on s'en mèle, l'on y sera le jouet des plus lamentables manipulations, l'on donnera dans les panneaux les plus grossiers, et l'on ne cessera d'y courir derrière le dernier miroir aux alouettes en date.

Je l'avoue, je fréquente un peu plus d'auteurs morts que de vivants, et certainement pas ces vivants là. Pour les auteurs décédés, la distance aide peut-être à faire la part de leurs fourvoiements respectifs, de leurs faiblesses théoriques. Et puis cela tient à l'écart des déchirements entre sympathie humaine et rigueur intellectuelle qui peuvent survenir avec un ami.
L'un de ces auteurs, disparu récemment, pastichant il y a 15 ans les Dialogues d'exilés de Brecht, faisait remarquer (Je paraphrase assez sommairement) que les gens les plus sympathiques et les plus raisonnables, les plus sensés qui soient, se mettaient à dire et penser des bêtises plus grosses qu'eux sitôt qu'ils se laissaient aller à disputer de sujets sur lesquels ils n'avaient pas prise.


Un révolutionnaire à propos des conseils ouvriers en Allemagne exposait comment des fonctionnaires de l'administration avaient su prendre au dépourvu des conseillistes perplexes devant la vacance du Pouvoir: en leur soumettant des problèmes que cette même administration seule pouvait résoudre... "il va y avoir 2 000 000 de soldats qui vont rentrer au pays... comment allez-vous organiser cela?" Et voilà nos honnêtes révolutionnaires perdus devant l'ampleur de la tâche - et qui s'en remettent au dit fonctionnaire et à son administration... je ne sais plus aujourd'hui chez lequel j'ai lu cette anecdote (Mühsam? Toller?) et je suis trop loin de ma bibliothèque pour vérifier.

Mais je pourrais en évoquer d'autres.

Pris chez Karl Kraus, chez Gunther Anders, chez Hannah Arendt, par exemple. Sur l'écart irrémédiable qu'il y a dans la société depuis près d'un siècle entre les actes d'un individu et la conscience qu'il peut en avoir.

Ou chez les critiques de la poignée de représentants anarchistes espagnols qui jouèrent un temps avec tant d'étatistes le jeu du Pouvoir et qui n'eurent d'anarchistes que le nom.

Chez Maurice Joly ou chez les situationnistes.

Nous ne manquons pas d'amis dans les bibliothèques. Leur conversation est parfois un peu poussiéreuse, mais certains se sont donnés assez de mal, et ont payé assez cher pour nous aider à ne pas nous retrouver à faire n'importe quoi n'importe comment là où nous sommes invités à le faire, et à nous perdre.

Quand quelqu'un, qui que ce soit, essaie de proposer de nouvelles formes de constitution d'un Pouvoir légitime, quand des citoyens se masturbent en discutant du degré de démocratie de tel ou tel traité européen, ou de la politique économique ou migratoire ou policière de l'Etat français, ou de quoi que ce soit de ce calibre, pour ma part, je les laisse assez vite à leur jeu stérile et à son désespérant sérieux. C'est une question d'échelle. Les soucis de l'Etat, les soucis des gestionaires de la société, les soucis de la société ne sont pas les miens, et je ne me sens aucunement tenu à chercher à l'aider à les résoudre, et pas même à chercher à les résoudre à sa place. Les problèmes qu'elle se pose, qu'il pose en ses termes ne sont pas les miens. Ses termes sont assez mortifères, et je veux bien être modeste, mais je répugne à jouer le jeu idiot de me penser ou à penser quiconque comme un quantième de statistique. Je refuse de parler cette langue là, et j'en utilise une autre pour penser.
J'ai tout à gagner à chercher partir de mes soucis et de ceux de mes proches, de mes voisins et , (qu'ils viennent d'arriver du Mali ou d'Afghanistan ou qu'ils soient souchiens bon teint, qu'elles soient lesbiennes, végétariennes, cruciverbistes, jardiniers du dimanches ou bouddhistes orthodoxes) et surtout à m'en tenir à des formulations que je maîtrise un minimum parce qu'elle correspondent à des faits à mon échelle, avec lesquels je suis en rapport direct.
Le langage du Pouvoir est un piège redoutable. On ne peut pas penser en ses termes et penser contre lui longtemps. On ne peut même pas penser sa propre condition avec son vocabulaire.

Je l'avoue, je n'attends rien, et certainement pas de la lucidité ni de la pertinence de la part de cette extrême gauche qui surjoue inlassablement la même histoire entre son engagement révolutionnaire fétichisé et sa néo-responsabilité citoyenne, et qui se plaint régulièrement de trouver de la vilaine récupération d'extrême droite sous ses semelles. Il n'y a rien de plus stérilisant que leurs vieilles étiquettes. Ils me font penser à des pots de confiture.
J'avoue, j'aime bien encore m'engueuler un peu avec des libertaires à l'occasion. Avec eux, les désaccords peuvent encore parfois s'avérer féconds. Parfois. Leur statut d'ennemis officiels de l'état et de l'autorité est un autre piège.


Mais à tout le reste du spectre politique, jusqu'à l'extrême gauche, il y a bien longtemps que je n'ai plus rien à dire.

Bonne lecture à tous ! big_smile

Site de Martin Scriblerus :
http://www.ipernity.com/home/206926

Dernière modification par smolski (25-01-2013 07:10:17)


"Définition d'eric besson : S'il fallait en chier des tonnes pour devenir ministre, il aurait 2 trous du cul." - JP Douillon
"L'utopie ne signifie pas l'irréalisable, mais l'irréalisée." - T Monod (source :  La zone de Siné)
"Je peux rire de tout mais pas avec n'importe qui." - P Desproges
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#2 26-01-2013 11:55:39

Octopus Riot
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Re : Le langage du pouvoir

Bonjour Smolski,

Texte bien intéressant, mais qui ne m'enthousiasme pas particulièrement non plus. J'y vois un gros repli personnel sur soi et son environnement proche et beaucoup de résignation. Je refuse aussi l'idée qu'il y aurait des sujets trop gros pour nous et qu'il faudrait donc laisser à l'État... J'apprends aussi que je me suis "masturbé" en lisant le traité constitutionnel européen en 2005 (ce qui m'a amené à voter contre) et je me suis encore "masturbé" probablement en lisant un livre de Serge Latouche sur la décroissance, ben oui, ça parle d'économie d'écologie, d'enjeux globaux... Et j'en passe. Ça me gonfle ces gens qui donnent des leçons et ne savent que mépriser ceux dont la démarche n'est pas la leur.

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#3 26-01-2013 12:30:12

smolski
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Re : Le langage du pouvoir

Salut Octopus Riot !

Effectivement, on peut le lire aussi comme tu viens de le faire. smile

Perso, c'est le côté sémantique du pouvoir qui m'a plût de mettre en valeur et donc l'invitation à revisiter nos expressions dans le but de nous libérer de celles qui nous y attachent.

Sur l'écart irrémédiable qu'il y a dans la société depuis près d'un siècle entre les actes d'un individu et la conscience qu'il peut en avoir.


Surtout pas de la résignation. big_smile

Je me suis aussi permis de pratiquer un énorme grand-écart avec les logiciel privés et libres que l'on peut considérer dans la même difficulté relationnelle que la sémantique ci-haut citées.
D'accord, fumée tue... Mais bon, on peut aussi faire tourner un peu quand cela paraît du bon ! wink

Pour le reste... cool


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#4 26-01-2013 18:43:58

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Re : Le langage du pouvoir

Re-salut smile

La phrase mise en exergue :

Le langage du Pouvoir est un piège redoutable. On ne peut pas penser en ses termes et penser contre lui longtemps. On ne peut même pas penser sa propre condition avec son vocabulaire.



en tous cas j'y souscris pleinement. En fixant les termes du débat, par les mots, on borne le champs des idées possibles. Par exemple sur les ondes on n'évoque la crise actuelle qu'en terme de méchés à rassurer et de compétitivité, tout le monde ne jure que par la compétitivité, ce qui exclue toute idée d'en sortir (de la compétitivité). Employer certains mots comme "charges sociales" et non "salaire différée" ou "cotisations sociales" tronque aussi le débat. Les exemples sont multiples dans ce sens et il faut être vigilant avec ce mécanisme.

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